« L'acharnement finit toujours par payer. » C'est en tout cas ce que doit se dire le studio Cyanide, lui qui a désespérément cherché à obtenir les droits d'exploitation du Trône de Fer sept longues années durant. Après moult tractations, les développeurs français ont finalement eu gain de cause et ont donc pu commencer à plancher sur un jeu de rôle. C'était en 2008. Depuis, Cyanide a longtemps bûché sur un scénario à même de satisfaire les exigeants fans de l’œuvre ainsi que George Martin lui-même. L'auteur a en effet tenu à jouer un rôle dans l'écriture du jeu, pour s'assurer que sa saga ne soit pas galvaudée et que le RPG ne présente aucune incohérence fâcheuse. Durant cette longue période préparatoire (près de deux ans), les développeurs ont reçu un joli coup de pouce du destin en provenance des Etats-Unis, là où une série télé Game of Thrones a pris corps peu à peu. Et nous voilà à la toute fin 2011. La première saison de la série de HBO a cartonné, les bouquins ressortent en version « intégrale », des memes à base de « brace yourself, winter is coming » ont pullulé… Bref, l’œuvre de George R.R. Martin est aujourd’hui plus populaire que jamais ! Ce qui tombe plutôt bien, vu que le RPG frenchy s’apprête à débarquer.

Au petit trône
Concrètement, Game of Thrones se déroule en parallèle du premier tome. L’histoire débute même un peu plus tôt, juste avant l’assassinat de Jon Arryn. A la manière des romans, où chaque chapitre offre le point de vue d’un personnage en particulier, le RPG nous fait vivre en alterné le destin de deux protagonistes. On retrouve Mors, un vieil acariâtre qui n’a eu d’autre choix que de revêtir le noir de la Garde de Nuit il y a de cela une vingtaine d’années. Et il y a aussi Alester, un prêtre rouge exilé désireux de rentrer au bercail. A travers les pérégrinations de ces deux baroudeurs, c’est toute l’intrigue des romans qui devrait donc se jouer à une échelle réduite. Bien sûr, pour le moment, les tenants et les aboutissants de la narration nous échappent. On ne peut donc qu’accorder notre confiance aux développeurs en espérant que les mois passés à écrire le scénario n’ont pas été vains. Et que l’histoire du jeu sera aussi mature, passionnante et bouleversante qu’ils ont bien voulu nous le faire croire. Pour l’instant, une seule certitude : le titre est très bavard et les choix opérés lors des dialogues à choix multiples semblent avoir une réelle influence sur les péripéties à venir ainsi que sur la fin de l’aventure. Il y aurait d’ailleurs quatre conclusions différentes, nous a-t-on confié.

Echec et Mors
Mais avant de voir défiler le générique, il va bien falloir se battre. De ce côté-là, ne vous attendez pas à ce que Game of Thrones suive la même voie que les RPG contemporains, ceux qui sont tournés vers l’action survoltée en temps réel. Complètement à contre-courant, Cyanide a préféré le confort du domaine qu’il maîtrise le mieux, à savoir le Tactical. En fait, les combats peuvent ressembler à ceux d’un K.O.T.O.R. On passe en effet son temps à définir par avance une série d’actions pour son personnage ainsi que pour ses partenaires. Une fois les commandes enregistrées, on laisse les protagonistes se charger du boulot. Mais n’espérez tout de même pas vous tourner les pouces durant les bastons. A mesure que la difficulté augmente et que les ennemis arrivent en nombre, chaque affrontement peut prendre des allures de partie d’échec, avec son lot de pions à sacrifier et de roi à protéger. Et au-delà des affrontements frontaux à base d’épées qui s’entrechoquent, il y a évidemment de nombreuses subtilités, à l’image des pouvoirs magiques d’Alester ou des assassinats furtifs perpétrés par le chien de Mors, une sorte de molosse imberbe affublée d’une vraie sale gueule.

Spring is coming
A quelques mois de la sortie du jeu, les premières impressions sont donc plutôt bonnes. Clairement, Cyanide a tenu à rendre hommage à la saga de Martin tout en conservant son identité ludique. Malgré tout, c’est peut-être justement cette identité si marginale de nos jours qui risque de refroidir l’ardeur des joueurs. Bavard, tactique, a priori retors du côté de la progression et de l’arbre de compétences, Game of Thrones accumule plein d’éléments à même de le faire passer pour un titre « élitiste ». Ou tout du moins un jeu à réserver aux vétérans du genre et de cet univers, ces vieux briscards qui connaissent l’œuvre de George Martin sur le bout des doigts et qui sauront pardonner au jeu vidéo sa réalisation quelque peu dépassée. Oui, car si l’on excepte la beauté des décors (Port-Réal, la salle du trône, …), on ne peut pas dire que l’on ait été bluffé pour le moment, la faute à des animations rigides et à des modélisations perfectibles au niveau des personnages. Bref, si du côté du fan-service, il y a de quoi être optimiste, Game of Thrones a encore bien des choses à prouver s’il veut jouer un rôle parmi les RPG de 2012. Verdict au début du printemps.


Preview de Game of Thrones








