C’est endormi sur une table d’opération que l’on fait connaissance avec Michael Thornton. Drogué, encore dans les vapes, il rentre en contact avec une certaine Mina Tang via l’écran d’un ordinateur de poche. Ni une, ni deux, cette dernière lui annonce qu’il est poursuivi et qu’il doit rapidement trouver un moyen de s’enfuir. Notre héros n’a pas le temps de comprendre ce qu’il lui arrive, si ce n’est que l’on en veut à son intégrité physique. Pourtant, très rapidement, la mystérieuse Mina explique à Michael que tout ceci n’est qu’une mise en scène, un simulacre visant à tester ses compétences pour intégrer le groupe Alpha Protocol. Cette première séquence – qui sert de tutoriel – donne aussi un avant goût de ce qui nous attend par la suite, à savoir un scénario s’appuyant sur les faux-semblants, les mensonges et autres trahisons. Bref, tout ce que l’on attend d’une histoire d’espionnage digne de ce nom. Rétrospectivement, une fois le jeu complété, ce début d’aventure peut se voir comme un avertissement. Un avertissement mettant en garde le joueur de ne pas se fier aux premières impressions…

Un premier contact difficile
Et ces premières impressions, elles piquent d’abord les yeux. On sent tout de suite qu’Alpha Protocol a connu un long développement et, qu’à force de retards, il marque aujourd’hui le pas techniquement face à la concurrence. En 2008, le titre semblait déjà légèrement en retrait, aujourd’hui (alors qu’on a vu naître des claques techniques comme God of War III ou Red Dead Redemption), le constat ne pardonne pas. Dès les premiers pas, l’animation médiocre donne le ton alors que les textures, baveuses et simplistes, achèvent de nous projeter en arrière dans le temps. De même, la gestion des lumières et de tous les effets visuels en général manquent cruellement de finition, lesquels révèlent en réalité un manque de moyens évident. Mais le joueur qui vient d’achever un titre comme Nier sait qu’un moteur graphique en demi-teinte ne condamne pas nécessairement l’ensemble d’un jeu, loin de là. Seulement, avant qu’Alpha Protocol laisse éclater ses qualités, il faut en passer par une première mission en Arabie Saoudite pas franchement excitante. Dur, dur. A travers un level-design peu inspiré, Michael Thornton doit découvrir l’acheteur de missiles destinés à commettre un attentat pour ensuite remonter à la source, soit le vendeur desdits missiles. Pour y parvenir, le titre laisse aux joueurs différentes approches qui dépendront généralement de l’antécédent choisi pour le héros au départ de l’aventure. En gros, on privilégie un personnage porté sur certaines aptitudes : infiltration, sabotage, maniement des armes… Il est même possible de choisir un soldat « free-lance » et ainsi répartir les points de compétences à sa convenance. Une fois sur le terrain, on déchante rapidement. Quelle que soit la tactique employée, à chaque fois, on a le sentiment d’avoir vu mieux ailleurs. Les phases d’infiltration pêchent par leur manque d’originalité (on s’accroupit, on avance lentement, on prend l’adversaire par surprise) et les gunfights, incroyablement mous, n’offrent aucun plaisir. Mais ce serait une erreur d’appréhender le titre comme un TPS (Third Person shooter) ou un jeu d’infiltration classique. Car, à la manière d’un RPG, Alpha Protocol repose sur un système d’expérience qui va porter le gameplay vers le haut au fur et à mesure de l’évolution du personnage.

Mass Effect-like ?
Si les premières heures d’Alpha Protocol s’avèrent frustrantes, et même carrément décevantes, notre patience se trouve récompensée (un peu) une fois la première campagne en Arabie Saoudite achevée. A vrai dire, plus on avance dans l’aventure, meilleur est le titre (même le level design s’améliore avec des architectures qui permettent de traverser de diverses façons les niveaux). Il faut bien prendre conscience que le jeu s’apparente à un RPG et ainsi accepter que lors des premières heures Michael ne soit pas un agent d’exception. Exemplairement, la visée se montre (exagérément) hasardeuse, à tel point que Michael pourrait louper un éléphant dans un couloir. Ce système à double tranchant implique nécessairement des débuts poussifs mais, en contrepartie, il fait brillamment ressentir les progrès du personnage au fil du temps. A cela, il faut également ajouter l’apprentissage de compétences spéciales qui viennent nourrir et diversifier les possibilités d’action du héros mais aussi une personnalisation poussée de l’inventaire (armes, protections, objets portés) grâce à un marché noir d’une grande richesse. Un marché noir plus ou moins fourni qui dépendra de vos relations établies avec les autres personnages. Comme dans Mass Effect, les dialogues d’Alpha Protocol autorisent le joueur à interagir via des réponses à choix multiples. Selon vos réponses, votre interlocuteur éprouvera de la sympathie, de la colère ou encore de l’aversion, ce qui pourra avoir des conséquences sur le reste de l’aventure. Toutefois, celles-ci restent minimes et se résument à des bonus divers au cours de vos missions. En revanche, on trouve aussi des choix moraux aux répercussions nettement plus importantes et stressantes - sans atteindre la puissance émotionnelle d’un Heavy Rain - grâce à l’apport d’une jauge qui oblige le joueur à se décider rapidement. Et comme il est possible de choisir l’ordre de ses missions, d’une partie sur l’autre, les changements peuvent s’avérer assez surprenants sans être renversants (on n’évite pas non plus de gros problèmes de cohérences).

Déjà vieux
Remarquablement écrits et non dénués d’humour, les dialogues d’Alpha Protocol représentent sans aucun doute le point fort du titre. Si l’histoire d’espionnage n’a rien d’exceptionnel, les liens entre les personnages emportent le morceau et l’intrigue, qui s’inspire des séries télé (Alias en tête, 24), se suit facilement. Et heureusement puisque le titre se montre parfois très bavard (comme le jeu de BioWare). Reste que ces dialogues ne font pas tout et ne suffisent pas à masquer des carences indéniables. La plus importante concerne l’intelligence artificielle tout simplement inadmissible. L’ennemi fonce tête baissée vers vous en dépit du bon sens et, une grenade à ses pieds, il n’oscille pas d’un seul centimètre. On citera également une interaction quasi-nulle avec le décor comme l’impossibilité de refermer une porte après l’avoir ouverte. Ca peut paraître anodin dit comme cela mais je me suis retrouvé coincé à cause d’une porte ouverte qui me bloquait un passage. Résultat, il a fallu que j’attende qu’elle se ferme toute seule (par on ne sait quel phénomène !) pour poursuivre mon chemin. Précisons enfin qu’il est impossible de sauter par-dessus de simples sacs de sable (sic). Bienvenue, nous sommes bien en 2010. Et c’est bien là le problème, le titre accuse le poids des années passées sur son développement. Il accumule un trop grand nombre de tares (techniques essentiellement) et ses qualités indéniables (toute la progression évolutive reprise au genre du RPG, les dialogues) se retournent quelquefois contre lui. Alpha Protocol arrive trop tard.
Note : le test sera complété avec nos propres illustrations cette semaine
Joystick : 13/20
PC Jeux : 79%
Test de Alpha Protocol














