Au cœur d’une ouverture magistrale sous la forme d’une splendide cinématique, on découvre Dante, le héros du titre, en train de se coudre une croix en tissu sur le torse. La douleur qu’il s’inflige est à la hauteur du fanatisme que l’on suppose chez ce
croisé, parti imposer la parole de Dieu aux infidèles du Moyen-Orient. Cette introduction livre immédiatement de nombreuses informations sur le jeu qui débute. Le soft de Visceral Games raconte la descente aux Enfers d’un personnage cherchant à expier ses fautes et à reconquérir sa chère Béatrice. Si le Dante du jeu vidéo n’a rien à voir avec celui de la Divine Comédie, l’univers reste très fidèle à l’œuvre, que ce soit du côté de la géographie, du bestiaire ou des peines infligés aux impies. La narration est elle aussi plutôt convaincante, grâce à des flash-back prenant la forme de dessins animés violents ou de cinématiques en images de synthèse de fort belle facture. La perspective est très intéressante pour le joueur, contraint de mener à la rédemption et au pardon un personnage qui ne le mérite pas forcément. Une douzaine d’heures plus tard, quand le générique défile et qu’un deuxième volet est d’ores et déjà sous-entendu, on ne peut toutefois s’empêcher de grimacer. Dante’s Inferno laisse la désagréable impression de ne pas être allé au bout de son idée, de ne pas avoir été suffisamment subversif, voire anticlérical. Car, que l’on soit croyant ou non, avouons bien que la vision des Enfers offerte par Dante Alighieri apparaît aujourd’hui réactionnaire et ridicule. Il y avait la place pour une satyre corrosive à l’égard du fanatisme, ou pour une allégorie du cas psychiatrique tant le personnage de Dante semble dérangé sur bien des aspects. Il n’en est rien, dommage.
Kratos’Inferno
Mais cessons de parler de ce qu’aurait pu être Dante’s Inferno pour se concentrer sur ce qu’il est. A savoir un beat’em all cru et violent. Sans remettre en cause la sincérité des développeurs, il est impossible de ne pas voir planer l’ombre de God of War
à chaque instant. De nombreux éléments de gameplay sont calqués sur ceux popularisés par Kratos, que ce soit du point de vue de la maniabilité (coups faibles, coups forts, attaques à distance, pouvoirs), de l’évolution du personnage avec ses fontaines d’âmes permettant de recouvrer de la santé, ou encore de son système d’optimisation des capacités. God of War est partout. Quand Dante use d’actions contextuelles pour achever un ennemi, quand il résout des énigmes en déplaçant des blocs ou quand il se bat suspendu à une tyrolienne. Fort heureusement, on repère aussi quelques éléments qui ne relèvent pas du duplicata. L’arsenal du héros est original par exemple, composé de la faux de la Mort en personne et de croix de lumières que Dante lance par pelletés. La croix ne se résume d’ailleurs pas qu’à une arme de longue distance puisqu’elle permet aussi d’absoudre des ennemis et de récolter plus d’âmes. Celles-ci se divisent en deux catégories : l’absolution ou la punition. Et comme Dante possède deux arbres de compétence bien distincts, l’Impie et le Sacré, on obtient des points d’expérience qui vont s’ajouter à l’arbre concerné en choisissant de pardonner ou de condamner les ennemis ainsi que les âmes errantes. Si le jeu ne change pas d’orientation (comme dans InFamous) selon que l’on se montre magnanime ou cruel, comprenez bien qu’il vous faudra recommencer l’aventure une seconde fois pour booster chaque arbre à son maximum.
Anatomie de l’enfer
La vraie question est : les ingrédients de God of War font-ils recette dans Dante’s Inferno ? On est tout d’abord tenté de répondre par l’affirmative. Les premiers combats sont violents, l’impact des coups est palpable tandis que le système d’esquive grâce au stick droit donne un supplément de nervosité à l’ensemble. Au cours des premières heures, les situations s’enchaînent tambour battant, à la faveur d’un bestiaire vraiment réussi, que ce soit ces gigantesques monstres cornus sur lesquels on peut grimper pour ensuite les contrôler, ces bébés avec des lames à la place des bras ou encore ces créatures nymphomanes qui vous attaquent avec leur dard… Les environnements aussi sont à saluer puisqu’ils sont tous travaillés et jouissent d’une distance d’affichage remarquable. Si les cercles de la luxure et de la gourmandise ne font pas preuve d’un bon goût évident, avec une architecture disons très gynécologique, ils ont le mérite d’innover et de rester fidèle à l’univers de la Divine Comédie. Et puisqu’on l’évoque, la patte artistique de l’ensemble ne déçoit aucunement. Des cinématiques en images de synthèse aux séquences de dessin animé en passant par le moteur graphique convaincant, Dante’s Inferno est un jeu esthétiquement superbe. La preuve, après Dead Space, que Visceral Games n’a pas son pareil pour introduire une véritable ambiance et une personnalité à ses titres.
Voyage au bout de l’enfer
Si vous lisez attentivement ces lignes, vous avez dû remarquer une remarque loin d’être anodine. « Au cours des premières heures »… Oui, on touche là au problème majeur du jeu, celui qui le gangrène au point de progressivement nous écœurer.
Dante’s Inferno est terriblement répétitif. Le bestiaire se limite à une petite dizaine de créatures qui reviennent sans cesse. Sans cesse et en nombre important puisque certaines vagues de monstres semblent interminables. De manière ultra-scriptée, les différents niveaux proposent toujours la même architecture, avec des arènes circulaires dont on ne peut sortir qu’en se débarrassant de la totalité des ennemis. Si ce principe est proposé avec succès dans God of War, il est ici beaucoup moins probant, la faute au sentiment de monotonie qui s’installe insidieusement chez le joueur. Qui dit mêmes monstres dit aussi mêmes façon de s’en débarrasser et donc mêmes QTE à reproduire ad nauseam. Rien n’arrive à élever le rythme et à sortir le jeu de son train-train laborieux excepté les boss colossaux, malheureusement trop rares et trop simples. En manque totale d’inspiration pour la dernière partie de son jeu, Visceral Games n’hésite pas non plus à nous imposer une dizaine de défis (façon Alfheim dans Bayonetta) obligatoires et ennuyeux au possible avant de nous achever avec un ultime boss, pour le coup, d’une monstrueuse difficulté. Bref, cette aventure qui semblait si engageante au début se termine en eau de boudin et c’est presque avec soulagement que l’on entrevoit les crédits. Et on a beau faire le bilan, se dire que l’on a passé quelques bons moments, c’est bien cette rythmique ratée et cette répétitivité insupportable qui prédomine. Dommage.
Consoles + : 16/20
Jeux Vidéo Magazine : 16/20
Joypad : 15/20
Magazine Officiel Xbox 360 : 16/20
Test de Dante's Inferno

















