« Il ne nous reste plus qu’espérer que les prochaines semaines soient mises à profit pour gommer toutes les imperfections qui ne permettent pas, pour l’instant, à PES de surpasser FIFA à nos yeux. » C’est en ces termes que nous avions conclu notre preview de Pro Evolution Soccer début août. Deux sentiments se mélangeaient dans cette phrase. La frustration, tout d’abord, d’avoir eu entre les mains une version inaboutie, buggée voire carrément désagréable par moments. L’espoir, dans un deuxième temps, de recevoir une mouture finale totalement expurgée de son monceau de soucis pénibles et qui mettrait dignement en valeur les efforts consentis par Konami. Aujourd’hui, alors que PES 2011 nous a livré tout son potentiel, il est temps de rédiger le verdict. Et comme vous allez le voir, il est nettement plus enthousiaste qu’à l’époque.
Les vitesses
PES 2011 propose cinq vitesses de jeu différentes, allant de –2 à +2, 0 étant l’option choisie par défaut. On a bien du mal à comprendre l’intérêt des deux vitesses négatives. Sous prétexte de ralentir et de poser le jeu, elles le rendent surtout mou et chiant. En revanche, +1 et +2 apportent un dynamisme intéressant. A la rédaction, nous avons d’ailleurs finalement décidé de jouer la plupart de nos matchs en vitesse +1.
Les Masters ont rendez-vous en ligne
Avant cela, faisons, comme il est de coutume, le tour du propriétaire. Konami s’est appuyé grosso modo sur le même contenu que l’an passé. Seule la Copa Libertadores, accompagnée de sa flopée d’équipes sud-américaine, fait en effet office de nouveauté marquante. La Ligue des Champions est toujours présente et il devrait en être de même avec l’Europa League et la Supercoupe d’Europe, mais ces deux modes de jeu n’étaient pas présents dans la version que nous avons reçu (et ce n’est pas faute d’avoir chercher !). Le Deviens une Légende, lui aussi, est encore là, avec la possibilité d’incarner les défenseurs comme innovation la plus évidente. Côté base de données, PES 2011 est toujours moins riche et moins « licencié » que son célèbre rival. Il n’y a par exemple que trois clubs allemands tandis que Chelsea doit encore se faire appeler London FC. Enfin, la Ligue des Masters peut désormais être jouée Online. Nous avons d’ailleurs déjà dit tout le bien que nous pensions de ce mode de jeu dans un dossier spécial. Nous n’y reviendrons donc pas, si ce n’est pour affirmer une fois de plus que Konami a été très inspiré en mettant en place cette idée.

Du 4-4-2 au 4-3-3 en un clic
Concernant l’interface, l’éditeur japonais a une nouvelle fois tout repensé de A à Z, sans que cela apporte grand chose au final du point de vue de l’ergonomie. Mais on navigue toujours facilement entre les menus, c’est bien là l’essentiel. Par contre, il faut noter que l’écran de compo d’équipe a subi une véritable et judicieuse métamorphose. Un didacticiel permet notamment aux allergiques de la tactique d’être guidé pas à pas dans leur composition. Les Mourinho en herbe, eux, apprécieront de pouvoir disposer leur onze le plus facilement possible, grâce à un système de « drag and drop » très PC dans l’esprit. Une excellente idée qui simplifie énormément la mise en place tactique. Du côté du son, on retrouve une fois de plus une ribambelle de musiques d’ascenseur irritantes. Mais la possibilité d’importer ses propres morceaux depuis le disque dur de la console permet d'échapper au carnage auditif. Pour finir, les commentaires sont toujours signés Margotton et Dugarry. Un duo qui fait preuve de bonne volonté en dépit de répliques souvent à côté de la plaque. Mais, vous le savez bien, quand on a survécu au tandem Jeanpierre – Paganelli, on peut endurer n’importe quoi.

Manque de souplesse
Il faut maintenant évoquer l’aspect technique du jeu. Visuellement déjà, le moteur n’a pas beaucoup évolué depuis l’an dernier. De près, on remarque que la modélisation des joueurs est comme l’an dernier très réussie, avec un panel conséquent d’expressions faciales convaincantes. Mais de loin, PES 2011 donne toujours l’impression de manquer un peu de vie. L’ambiance n’est en effet pas très festive, avec des stades plutôt mornes et des supporters répétant en boucle les mêmes chants. Sur la pelouse, on constate vite que la sensation de jouer avec onze robots n’a pas été totalement évacuée, en dépit d’un lot considérable de nouvelles animations. Ces dernières, prises une à une, sont clairement bluffantes. Il suffit de passer une action au ralenti pour apprécier chaque touche de balle, chaque dribble de l’extérieur du pied, chaque brossé sur un centre ou un tir. Mais lorsque l’on met bout à bout ces animations et que l’on regarde un match à vitesse réelle, on voit bien que PES 2011 a toujours du mal à proposer une vraie fluidité ou, plutôt, une vraie continuité. En fait, les animations s’enchaînent difficilement les unes par rapport aux autres. Par exemple, les joueurs, même les meilleurs, mettent un temps fou à se retourner à 180° degrés et à repartir de l’avant. Bref, davantage de souplesse n’aurait pas été de refus, même si, encore une fois, les progrès par rapport à l’an dernier sont incontestables.

Passe-là comme Beckham
Il est désormais grand temps de prendre la manette en mains et de parler du plus important, à savoir les sensations de jeu. De manière globale, le premier ressenti est bon, même si les fans de PES vont sans doute avoir du mal lors des premiers matchs. La raison est simple : le système de passes a été revu intégralement. Même sans aller jusqu’au « full manuel », il faut sans arrêt gérer la trajectoire de ses transmissions au millimètre sous peine de voir le ballon foncer droit en dehors des limites du terrain ou, pire, dans les pieds adverses. Si les inconvénients de ce parti-pris sont nombreux (pertes de balle bêtes, relances ratées, …), les avantages sont indéniables. C’est un vrai bonheur que de jouer dans les espaces et d’offrir des passes en profondeur aux allures de caviars. Désarçonner une défense entière par le simple biais d’un décalage réussi permet de contourner aisément les robustes stoppeurs et de s’offrir des uns contre uns contre le gardien. Le principe est tellement séduisant qu’on en vient fatalement à regretter l’absence d’une gestion manuelle des appels de balle, qui auraient pu rendre la construction encore plus plaisante.

Sammy Traoré aussi rapide que Cristiano Ronaldo ?
Ce qui est certain, c’est qu’apprendre à jouer collectif et à redoubler les passes seront deux facettes indispensables pour parvenir à ses fins, surtout en solo dans les modes de difficulté les plus élevés. En effet, pour mettre fin aux actions en solitaire dévastatrices de PES 2010, Konami a nettement réduit les écarts de rapidité entre les joueurs. Concrètement, passer en vitesse pure un défenseur s’avère très difficile pour ne pas dire impossible. On a beau contrôler un bolide type Messi, on a toutes les peines du monde à déborder son vis-à-vis, peu importe qu’il s’agisse d’Ashley Cole ou d’un quadragénaire issu d’un obscur club croate. Cet aspect « cheaté » de l’I.A. devrait lui aussi susciter deux réactions diverses. Des joueurs apprécieront ce gameplay davantage tourné vers le collectif que l’individuel. D’autres reprocheront un manque de réalisme certain. Pour notre part, nous serions plutôt de l’avis de ces derniers. Sans retomber dans l’excès de certains anciens épisodes, où l’on pouvait remonter tout le terrain en boulet de canon, on aurait aimé que les aptitudes des joueurs soient mieux respectées. Et donc que Konami n’ait pas recours à un subterfuge si artificiel pour réhausser la difficulté de son jeu et pour nous forcer à multiplier les transmissions de balle.

Le tricot pour les nuls
Peut-être pour compenser, le studio japonais a décidé, pour cet épisode, de simplifier à l’extrême la réalisation des tricks et des dribbles. En plus des commandes classiques (gâchette gauche + stick droit), on peut choisir d’attribuer des raccourcis à la combinaison bouton de tranche gauche + stick droit. Depuis l’écran de compo d’équipe, il est possible de décréter quel geste technique sera alloué à chaque direction du stick. On peut même pousser le vice jusqu’à enchaîner quatre tricks d’affilé. Par exemple, en maintenant la tranche gauche et le stick droit orienté vers le haut, on peut déclencher une roulette, suivie d’un passement de jambes et d’un fameux café-crème. Le principe est amusant et permet aux néophytes de se prendre pour des Maradona de la manette en deux temps, trois mouvements. Mais ce système possède aussi des inconvénients. Déjà, il ôte le plaisir et le sentiment de fierté que l’on ressent en réussissant un dribble de manière traditionnelle. De plus, les animations ont beaucoup de mal à s’enchaîner une fois le trick effectué. Il est par exemple impossible d’enchaîner une reprise de volée après un coup du sombrero, à moins d’avoir recours au super cancel. Ce qui est évidemment loin d’être intuitif. Sachez d’ailleurs que le super cancel est indispensable sur bien d’autres phases de jeu, notamment lors des replis défensifs, situation où l’I.A. ne se place pas forcément à bon escient.

Des pralines en veux-tu en voilà
Vous le savez, la solution face à une défense hermétique est souvent la frappe lointaine. Et cette maxime a été joyeusement appliquée à la lettre par Konami. C’est simple, dès qu’une fenêtre de tir s’ouvre à 20-25 mètres, il ne faut jamais hésiter à balancer la purée. Si certains trouveront la physique de balle un peu trop lourde, il faut bien avouer qu’envoyer des missiles longue portée a quelque chose de sacrément jouissif. Encore faut-il ne pas en abuser et ne pas tomber dans un jeu stéréotypé, ce qui peut malheureusement être le cas lorsque l’on se heurte sans arrêt aux pylônes défensifs adverses. Et les gardiens dans tout ça ? Malheureusement, il faut bien se rendre à l’évidence : ils commettent un paquet de boulettes ! D’un côté, ils se montrent intransigeants en face-à-face, bloquant des frappes de mule à bout portant. De l’autre, ils ont toujours du mal à se situer sur les pralines lointaines, repoussant le ballon plein axe, ce qui a toujours fait le bonheur des renards des surfaces dans PES. Si on ajoute à cela des placements hasardeux, nous forçant souvent à passer en goal manuel, on se rend vite compte que les gardiens sont clairement l’un des points faibles du jeu.

Retour de hors-jeu
On pourrait palabrer encore longtemps sur d’autres défauts de PES 2011. Dire, par exemple, que les arbitres sont très mauvais, qu’ils sanctionnent trop vite les hors-jeux passifs, qu’ils sont trop tolérants sur les fautes d’anti-jeu ou qu’ils bafouent allégrement les règles de l’avantage. Mais, en guise de conclusion, on préfère vraiment insister sur les qualités d’un soft qui s’impose clairement comme le meilleur épisode réalisé depuis l’avènement des consoles de dernière génération. C’est sûr, il y a encore du boulot et Konami semble toujours avoir un train de retard sur son concurrent. Malgré tout, les progrès sont indubitables. Si les joueurs ayant choisi de rallier la cause de FIFA ces dernières années ne devraient pas (encore) faire leur coming-out, les fans absolus et fidèles pourront eux se féliciter d’avoir entre les mains un excellent PES.
Test de Pro Evolution Soccer 2011















