Bienvenu sur l’île de Faranga ! Au programme de votre séjour « all inclusive » : cours d’alchimie, pratique du bâton, enrôlement de force dans les Ordres, sans oublier nos excursions à travers grottes et donjons. Vous pourrez alors établir un contact musclé avec la faune locale, constituée essentiellement d’insectes géants et répugnants. Mais avant tout, nous vous souhaitons un bon séjour. Vous venez d’échouer sur notre plus belle plage et vous vous demandez sûrement où vous avez atterri. Ça, c’est à vous de le découvrir. Comment ça, vous n’avez qu’un bâton pour vous défendre contre ces rats venimeux ? Mais bon sang, faites un peu preuve de courage et battez-vous ! Vous connaissez peut-être ce proverbe local : « Fais-toi massacrer, encore et encore, tu finiras peut-être par être bon ». Allez, on ne perd pas de temps et on escalade ce sentier à la recherche de viande à cuire, c’est le meilleur moyen pour rester en bonne santé !
Quand Koh Lanta rencontre les Terres du milieu
Soyez prévenu : les premières heures passées à jouer à Risen sont un véritable chemin de croix. Pas équipé pour deux sous, pas une pièce d’or en poche, on passe son temps à fuir les monstres en priant le ciel pour arriver vivant à la
prochaine ferme. Ah ça, la vie est rude sur l’île de Faranga, surtout depuis l’apparition de ces mystérieuses ruines. Des trucs rampants et dégoulinants que n’aurait pas renié Lovecraft en sont sortis, cependant accompagnés d’artefacts à la valeur inestimable. Attirée par l’odeur de l’or, la pègre locale a établi son QG dans les marécages, alors que l’inquisition contrôle d’une main de fer l’ensemble de Port-Faranga, la capitale du coin. Et vous, pauvre naufragé, vous débarquez comme une fleur sur cette île, sans trop savoir quel est votre but. Non, vous n’êtes pas un héros ou un quelconque élu, juste un pauvre type qui essaye tant bien que mal de survivre. Et franchement ça fait bien de sentir que le monde dans lequel on évolue ne tourne pas autour de nous et se fiche presque éperdument de notre présence. Cohérence et réalisme : telles sont les qualités de l’univers de Risen. Au lieu de nous assener une ambiance « Fantasy colorée/kikoo lol », les développeurs ont eu la bonne idée de taper dans la « Low-Fantasy », c'est-à-dire un monde fantastique, mais ancré dans un réalisme proche de nous. Ici, pas de chevaliers en armure bariolée, pas de mage qui invoque des golems de feux à tout-va… On est plongé dans un moyen-âge sombre et crasseux, avec toutefois la pointe de magie qui va bien.
Le nom de la rose
Sur l’île de Faranga, les complots, intrigues et autres filoutages sont légion. Si bien que, au bout de quelques heures, on se retrouve avec plusieurs dizaines de quêtes à mener de front. Si elles sont consignées dans un carnet pas forcément très ergonomique, elles ont par contre le mérite d’être souvent passionnantes et, ô surprise, évitent de taper dans le triptyque habituel : baston, trésors, livraison aux PNJ. Bien au contraire, les enquêtes sont nombreuses et l’une des premières missions de ce genre implique l’élucidation d’un meurtre au sein d’un monastère contrôlé par l’inquisition. Le titre se transforme alors presque en jeu d’aventure et un interrogatoire méthodique des suspects ainsi qu’une bonne capacité de déduction deviennent vite indispensables. Bref, c’est un vrai bonheur de s’adonner à autre chose que le combat à outrance dans un RPG. D’autant plus que l’ambiance distillée dans les murs du monastère reste imprégnée de mystère et de non-dit. Il faut avoir connu l’exploration nocturne de ses couloirs faiblement éclairés à la torche sur fond de musique mélancolique, pour comprendre alors que Risen en impose avant tout par
son atmosphère sombre et envoutante.
Anti gros-bill
D’une manière générale, Risen bénéficie d’environnements extrêmement travaillés. Si la taille de la carte peut paraître assez faible (rien à voir avec ce que propose un Oblivion par exemple), il est assez hallucinant de constater que chaque recoin respire la cohérence et le souci du détail. Nombreuses sont les fois où, attiré par une quelconque lueur, on s’éloigne de la route pour partir à la découverte d’une terre hostile. La découverte d’un donjon infesté de scorpions offre alors un charmant détour, rétribué en expérience et en objets magiques. Outre son système social particulièrement bien pensé, Risen repose également sur un eco-système intelligent. On verra par exemple une zone fraîchement nettoyée de ses gnomes, de nouveau investie par les charognards de tout poil, qui se repaissent alors des cadavres à peine refroidis. De même, la progression du personnage offre de nombreuses subtilités. Ici, pas de classe à choisir, par de métier imposé : c’est à vous de façonner votre avatar selon vos envies… Et vos richesses. De nombreux maîtres peuvent ainsi vous apprendre, moyennant pièces d’or et points d’apprentissage, telle ou telle technique. Cela permet d’exceller aussi bien dans la préparation de potion que dans l’art de la chasse. Sous ses airs de jeu de rôles à l’ancienne, le titre de Piranha Bytes offre ainsi une souplesse insoupçonnée.
Imposant et épuisant
Il reste encore des milliers de choses à dire sur Risen et un ouvrage complet ne suffirait pas pour en saisir toutes les subtilités. Une subtilité qui semble, à première vue, absente du système de combat. Les premiers affrontements consistent en un cliquage frénétique, interrompu de temps en temps par une tentative maladroite de parade. On a alors l’impression d’être face à un ersatz de beat’em all qui ne s’assume pas. Mais, pour peu que l’on améliore ses compétences de corps à corps, les combats deviennent vite bien plus subtils. Les blocages sont plus naturels et on sent alors notre héros bien plus à l’aise face à une horde de monstres. De manière presque imperceptible, le plaisir de combattre grandit un peu plus à chaque rixe. D’ailleurs, c’est un peu le problème de Risen : il faut s’accrocher, accepter de mourir (souvent), sauvegarder toutes les deux minutes et se contenter de faibles récompenses en retour de nos efforts harassants. Mais le jeu en vaut la chandelle, tant l’univers est intéressant et tant les quêtes sont passionnantes. On a presque l’impression que Piranha Bytes a rendu son jeu tellement exigeant qu’il se réserve à la frange hardcore des fans de RPG, presque une élite, à qui une centaine d’heures de jeu intense ne fait pas peur.
Jeux Vidéo Magazine : 16/20
PC Jeux : 88%
Test de Risen

















