Dans une vie de joueur, il existe de rares moments touchés par la grâce. Ces instants où l’on se lance dans un titre sans grandes convictions, avec toutefois un mince espoir de retrouver des sensations perdues. Espoir qui se transforme en surprise, puis en plaisir ahurissant. Quelques heures intenses plus tard, il ne reste qu’un générique de fin poignant et une mâchoire pendante devant l’écran. Silent Hill : Shattered Memories, c’est un peu tout ça à la fois, mais c’est surtout le meilleur épisode de la série depuis bien longtemps… Depuis Silent Hill 3 sur PS2 en fait. Précisons tout de même que Shattered Memories est une véritable aventure inédite et non pas un remake, comme annoncé auparavant. Si remake il y a, c’est uniquement concernant le retour de quelques personnages connus : Harry Mason, Cheryl Mason, Cybil Bennett ou encore Dhalia. Leur rôle dans l’histoire reste cependant totalement différent et la quête d’Harry pour retrouver sa fille disparue est avant tout un trip intérieur et psychologique.
Petites confidences à mon psy
« Psychologique » : un aspect du jeu que Climax pousse ici très loin. Chaque chapitre de l’aventure est ponctué d’une entrevue avec un psychiatre, qui vous soumet à des jeux vicieux, pour mieux vous cerner. Attendez-vous à répondre à quelques questions très personnelles sur votre sexualité, votre capacité à aimer ou à vous faire des amis. En fonction de vos réponses, le jeu s’adapte. Si l’histoire ne change pas radicalement, de nombreux détails varient, comme l’apparence de certains personnages, quelques cinématiques inédites ou des énigmes légèrement différentes. En répondant sincèrement à ces questions intimes, on vit alors le jeu avec ses tripes, le scénario nous renvoyant à la face certains complexes et autres peurs enfantines. Brillant.
Point n’ click immersif
Loin de n’être qu’un gros test de personnalité interactif, Shattered Memories est avant tout un jeu d’aventure mâtiné de fantômes, de souvenirs glacés et de regrets enfouis au fond du cœur. La direction prise par le gameplay en surprendra (et décevront sans doute) plus d’un : n’espérez pas massacrer des infirmières sans visage à coup de planche cloutée, Silent Hill en a terminé avec les affrontements poussifs. Les monstres croisés sont invulnérables et seules vos jambes peuvent vous sauver la vie. Du coup, la part accordée à l’action reste minime et le titre se concentre avant tout sur ce qui fait le sel de la série : l’ambiance, le scénario et les énigmes. Pour ce faire, Climax a eu l’excellente idée d’exploiter à 100% les possibilités offertes pas la Wii. Secouer une canette pour découvrir une clé, jouer du piano pour débloquer une porte ou encore agiter les bras pour nager dans une eau glacée ne sont que quelques exemples simples de l’utilisation de la Wiimote.
L’horreur s’invite chez vous
Mais la meilleur réside certainement dans l’utilisation du téléphone portable. Véritable couteau suisse, le mobile d’Harry offre un GPS pour s’orienter dans la ville, un appareil photo qui fait apparaître des phénomènes paranormaux et permet d’apprécier de nombreuses conversations et messages vocaux emprunts de mystères. Imaginez : vous marchez à pas prudents dans des bois sombres, torche allumée, quand, tout d’un coup, votre Wiimote sonne. Collez alors le contrôleur près de l’oreille pour entendre votre fille appeler à l’aide, dans un souffle lointain. Déjà utilisé dans No More Heroes, ce concept de télécommande Wii/téléphone portable est ici poussé à son paroxysme. La Wiimote devient alors le lien extrêmement fort entre le joueur et Harry Mason, et procure une immersion exceptionnelle. Le titre semble d’ailleurs pensé dès le départ pour la machine de Nintendo, si bien qu’on se demande si les déclinaisons PSP et PS2 ont ici un intérêt.
Cauchemars et rédemption
D’une manière générale, Shattered Memories s’affranchit largement des codes imposés par Silent Hill, mais il en sublime toutefois son essence. L’histoire est belle et mélancolique, emprunte d’une nostalgie que la glace retranscrit
parfaitement. Lorsque celle-ci apparaît (à l’image de la rouille dans les précédents épisodes), les personnes et les objets se figent à jamais et le cauchemar commence pour Harry. Dans ce labyrinthe glacé, il faut courir à perdre haleine pour trouver une sortie salvatrice, tout en évitant au maximum le contact avec les créatures qui errent dans ce monde parallèle. Celles-ci sont parfaitement hideuses, mais trop peu variées. Dommage, on aurait aimé un effort d’imagination de la part des développeurs sur ce point. Globalement, ces phases de cauchemars sont particulièrement stressantes, mais souffrent d’une certaine répétitivité. La progression par l’échec domine et il faudra mourir et recommencer plusieurs fois avant de trouver le chemin optimal.
De bouleversants souvenirs
Définitivement, c’est dans ses moments d’explorations que le jeu de Climax se montre le plus efficace. Chaque lieu bénéficie d’un soin esthétique tout particulier et propose une ambiance inquiétante et désespérée. L’abandon reste ici le thème principal, tant tout semble avoir été laissé tel quel en ville. Dans ce monde statique, la recherche de Cheryl parait vaine et l’on ne comprend que trop tard la véritable raison de cette quête absurde. Un final qui en laissera par ailleurs plus d’un bouche bée, mais aussi quelque peu frustré par la courte durée de l’aventure. Comptez en effet entre six et huit heures de jeu pour découvrir la vérité sur la relation entre Cheryl et son père. L’intensité de ces quelques heures mérite toutefois le détour, tant l’expérience est marquante. En remaniant les bases de la série, Climax a su conserver le meilleur de Silent Hill et dépoussière une saga culte qui avait définitivement besoin d’un coup de jeune. Culotté, mais admirable.
Consoles + : 17/20
Jeux Vidéo Magazine : 14/20
Magazine Officiel Nintendo : 16/20
Test de Silent Hill : Shattered Memories












la vidéo :D . J'avais répondu l'inverse avant, évidemment


c'est vrai que le téléphone dans la wiimote ça doit etre une bonne idée